Derrière les tensions d’équipe, il n’y a pas toujours une mauvaise volonté ou un défaut de compétence. Il y a souvent des mécanismes relationnels qui se rejouent sans être vus.
Quand nous accompagnons une équipe, nous ne cherchons pas seulement à résoudre un problème visible, mais à comprendre dans quelle “sphère” il s’inscrit.
En systémie, on distingue trois grandes modalités relationnelles — statutaire, paritaire, affinitaire — qui structurent la vie collective. Chaque sphère a son rôle, son utilité, ses dérives.
La sphère statutaire
Qui décide de quoi ?
C’est la dimension des rôles, des responsabilités, des positions hiérarchiques. Elle pose un cadre : qui tranche ? Qui arbitre ? Qui porte la décision finale ?
Quand cette sphère est mal assumée — soit par excès de contrôle, soit par peur de “faire autorité” — l’équipe tourne en rond, les réunions s’enlisent, les arbitrages sont flous.
Un bon équilibre statutaire, ce n’est pas une verticalité rigide, c’est une clarté sur les leviers de décision.
Un exemple concret
Dans une startup en forte croissance, les fondateurs ont voulu garder une gouvernance “horizontale”. Mais plus l’équipe grossissait, plus personne ne savait qui décidait quoi.
Les collaborateurs attendaient des validations, les managers hésitaient à imposer une direction, et tout le monde se plaignait de la lenteur.
En clarifiant les rôles et les instances de pilotage, le collectif a pu retrouver de la fluidité sans sacrifier la coopération.
La sphère paritaire
Entre collègues, comment on se parle ?
C’est la dimension entre pairs. Là où s’exprime la coopération, mais aussi les désaccords, les prises de position, les régulations entre égaux.
Quand elle est déséquilibrée, on observe soit des tensions mal gérées, soit un évitement des conflits par peur de nuire à la relation.
Une équipe en santé sait “se dire les choses” sans que cela devienne personnel.
Un exemple concret
Dans une équipe produit, deux seniors s’opposaient systématiquement en réunion, bloquant les décisions.
En séance, nous avons permis un espace de régulation : nommer les tensions, poser des règles de désaccord sain.
Le conflit, une fois exprimé sans jugement, est devenu un moteur d’ajustement, et non un frein.
La sphère affinitaire
Comment on s’apprécie… ou pas
C’est la sphère des affinités personnelles, des liens émotionnels, des histoires partagées. Elle crée de la solidarité, mais aussi des exclusions, des malentendus ou des clans.
Quand cette sphère est dominante, les décisions peuvent être biaisées par l’affect. Quand elle est absente, l’ambiance devient glaciale, chacun joue sa partition.
Travailler cette sphère, ce n’est pas “forcer l’amitié”, c’est créer un espace où chacun peut exister sans enjeu d’adhésion.
Un exemple concret
Dans un codir, des tensions invisibles freinaient les discussions. Certains se réunissaient en off, d’autres se sentaient “à l’écart du noyau”.
En cartographiant les affinités et les non-dits, nous avons permis de remettre du lien là où il manquait, et de poser des limites là où les relations devenaient floues.
